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RechercherDerniers commentairescette histoire est très émouvante et donne à réfléchir .
elle change du registre humoristique, fantaisiste et
Par Anonyme, le 13.08.2019
Date de création : 19.06.2019
Dernière mise à jour :
04.10.2019
23 articles
Je ne m’attendais pas à ça. Personne ne peut s’attendre à ça! Ce n’est pas pour mourir ici que je suis né. On nous avez juré qu’il ne resté qu’un dernier effort à fournir, que l’ennemi était acculé. Ce n’est pas du tout ça! C’est la folie ici, partout il n’y a que la mort!
Qu’est-ce qu’on fiche ici? Pourquoi nous a-t’on amené là? Je ne comprends pas. Tous autant que nous sommes, on a cru que c‘était pour notre bien . On avait tellement confiance en eux mais ça pue la mort ici!
Je suis encore jeune, comme la plupart de mes camarades. On nous a persuadé que c’était notre devoir, que c’était important. Que nous serions des héros! Nous avions confiance et aujourd’hui, je vois mourir mes compagnons dans la boue des tranchées, au milieu des rats.
Je suis encore si jeune. J’étais insouciant et j’avais la vie devant moi. Et nous voici, moi et mes frères a sentir notre fin venir. On ne pourra pas y échapper, ils sont si durs avec nous...
Je suis un enfant à qui on a fait croire qu’il était un homme, pour qu’il aille brûler en souriant sa vie d’adolescent sur le bucher des idéologies scabreuses. Et j’y suis allé! Avec tellement de fierté, tellement d’arrogance! Sans imaginer une seconde qu’on pouvait nous mentir.
J’ai vécu une jeunesse heureuse avec ma famille et mes amis. Je vivais ma vie d’enfant avec légèreté. J’ai toujours fait confiance aux hommes. Pourquoi ne l’aurais-je pas fait? On ne m’avait jamais fait de mal jusqu’à présent.
Mon père avait été appelé dès le début de la guerre. Il a disparu sur un champ de bataille. Quand ce fut mon tour de défendre la patrie, ma mère m’a accompagné jusqu’au train. Pendant tout le trajet jusqu’à la gare, elle n’a pas dit un mot.
Mon enfance n’a été qu’inconscience. On ne se posait pas de questions. Nous vivions en communauté et j’avais des tas d’amis de mon âge. La plupart sont ici , à patauger dans le sang. Le sang des innocents.
L’enfer est sur terre. J’en suis le témoin. Au milieu des explosions, les hommes tombent avec des cris à déchirer une âme. Impossible de fuir. Ceux qui ont tenté de le faire ont été rattrapés et abattus sans pitié. Fusillés au champ d’horreur.
Dès notre arrivée, on pouvait percevoir les cris d’épouvante et cette atmosphère de mort. Nous étions terrorisés. Nous étions si jeunes! Personne ne voulait plus avancer, on avait compris ce qui nous attendait. On ne voulait pas mourir.
J’ai toujours sur moi la dernière lette de mon père. Elle est pleine d’espoir. Il pensait revenir à la maison très vite. Lui aussi a cru les promesses de nos chefs. Sa lettre, je la lis tous les jours pour me donner du courage.. Elle est bien pliée dans mon petit portefeuille qui se trouve dans une poche, sur mon cœur.
On est serré les uns contre les autres. On pleure. La honte n’est plus de mise ici. Mais le cœur des hommes est sans pitié. On crie, on supplie mais ils nous frappent et on est pas de taille à lutter. On nous matraque pour nous forcer à avancer, on nous pique. On va tout droit à l’abattoir.
Je sais que je ne reverrai jamais ma maison. Des hommes, quelque part, l’ont décidé ainsi. Nous sommes une génération de sacrifiés, ne servant qu’à nourrir une terre sale avide de sang. J’ai vu ceux d’en face. Ils sont comme nous. Aussi jeunes, aussi terrorisés.Je n’en n’ai plus pour longtemps, je le sais bien. J’ai aussi peur que mes compagnons, que ceux d’en face.
Nous allons tout droit au massacre. Je me réfugie un instant dans mes souvenirs. Ma mère, cette grande dame immaculée, m’a élevée dans la joie et j’ai grandi dans la certitude que le monde était beau. Aujourd’hui je suis encore tellement jeune et pourtant, mes pieds barbotent dans le sang. Ce n’est pas l’enfer, c’est pire. C’est le monde des hommes!
Près de moi, il y a le cadavre d’un type avec la tête à moitié arrachée. On l’a obligé à monter sur une échelle pour vérifier hors de la tranchée la position de l’ennemi. Je le connaissais à peine. C’était un beau gars. Bientôt ce sera mon tour et le plus terrible, c’est que j’ai hâte d’en finir.
Mon cœur bat à mille à l’heure. Je vois venir la fin. Mourir dans cette puanteur, c’est pas juste. Je croyais que la terre appartenait à tous, pareillement pour toutes les races. Aujourd’hui, je vais mourir, sans même savoir pourquoi.
Ca y est! Un grand chef a décidé que l’heure de la boucherie avait sonné. Nous voila tous en ligne dans les tranchées, baïonnettes aux canons, prêt à nous lancer sur ces pauvres bougres de l’autre côté, qui nous attendent, aussi horrifiés et apeurés que nous. Dans un instant, une balle viendra traverser mon petit portefeuille qui contient la lettre de mon papa. Je la vois venir. C’est fini!
C’est fini. On ne peut plus reculer. Je suis contrains d’avancer vers ma mort, vers l’abattoir. Les hommes sont tellement féroces. Pensent-ils être des dieux? J’aperçois déjà des cadavres baignant dans leur sang. Le sang de mes compagnons. Nous sommes la race la plus douce et affectueuse qui soit sur cette terre maudite. Qu’est-ce qu’on a fait pour être traité ainsi, nous les moutons??